[Intro] [Le piano joue le motif de trois notes; l’harmonium répond une octave plus bas.] [Verse 1] Dors un instant, pays sans sommeil, Le jour a laissé ses dossiers sur la corbeille. Les bancs sont ouverts, les couloirs respirent, Quelqu’un garde la porte pour ceux qui vont venir. La pluie sur les vitres a lavé peu de chose, Le plâtre reste fendu, le gaz reste dans nos poses. Mais les chaises en cercle attendent le matin, Et nul n’a retiré les phrases écrites à la main. [Chorus] Berceuse pour une démocratie, Ne dors pas trop profond dans le bruit de la nuit. Berceuse pour une démocratie, Ferme un peu les yeux, mais garde l’ouïe. Que chaque voix trouve une place ici; Dors pour reprendre force, pas pour perdre la vie. [Verse 2] Julien a laissé la craie près du grand tableau, Inès dort une heure, la tête sur son manteau. Malik baisse le son sans éteindre son micro, Lucette noue son rouge autour du fragment blanc. Étienne trie les lettres, non plus pour les fermer, Mais pour savoir demain qui devra les porter. Marianne reste au dernier rang de bois, Pour entendre la salle avant d’offrir sa voix. [Chorus] Berceuse pour une démocratie, Ne dors pas trop profond dans le bruit de la nuit. Berceuse pour une démocratie, Ferme un peu les yeux, mais garde l’ouïe. Que chaque voix trouve une place ici; Dors pour reprendre force, pas pour perdre la vie. [Piano Interlude] [Le piano reprend la mélodie du premier titre, cette fois sans les coups métalliques.] [Bridge] Il n’y aura pas de matin sans dispute, Pas de justice propre, immédiate, absolue. Il faudra revenir, corriger, recommencer, Laisser une chaise à celui qu’on croyait inutile. [Final Chorus] Berceuse pour une démocratie, Ne dors pas dans l’oubli ni dans l’amnésie. Berceuse pour une démocratie, Que le repos prépare une parole affermie. Chaque voix gardera sa place ici; Dors pour reprendre force, puis réveille le pays. [Outro] La République pleure encore en silence, Mais quelqu’un près d’elle écoute sa cadence. Le rouge tient le plâtre, la fêlure reste en vie. Dehors, la ligne treize recommence son trajet. Marianne ferme les yeux sans quitter l’Assemblée : Elle ne dort pas vraiment — elle apprend à écouter.