[Intro] [Une basse arquée tient une note longue; le piano laisse tomber trois notes isolées.] [Verse 1] Après les grenades, il reste les prénoms, Écrits sur des serviettes au fond d’un vieux salon. Il reste un téléphone qui sonne sans réponse, Une veste sur une chaise, une chaussure sous les ronces. Inès nettoie le sang avec de l’eau tiédie, Julien note les heures, les blessures, les récits. Malik cherche Lucette parmi les manteaux gris, Marianne tient la porte à ceux que l’aube poursuit. [Verse 2] Après les grenades, la radio parle clair : « Quelques heurts en marge », « retour au calme nécessaire ». Dans le café fermé, personne ne reconnaît La place qu’ils décrivent, les gestes qu’ils effaçaient. Un garçon montre une vidéo tremblante, Une charge sans sommation, une main ensanglantée. Son écran porte mieux la mémoire du matin Que la voix bien coiffée du bulletin. [Refrain] Après les grenades, qui garde la mémoire ? Ceux qui pansent les corps ou ceux qui font l’histoire ? Après les grenades, qui comptera les absents ? Nous garderons leurs noms jusqu’au prochain printemps. [Verse 3] Lucette revient enfin, soutenue par deux femmes, Son foulard a noirci, son regard garde sa flamme. Elle pose sur la table un morceau de bonnet, Le plâtre de Marianne, blanc, fendu, incomplet. [Lucette] « J’ai trouvé ton visage au bord du caniveau. » Marianne prend le fragment, le tient contre sa peau. Leurs mains se rejoignent autour du même débris; L’une tremble de fatigue, l’autre d’avoir compris. [Instrumental Break] [Le piano répète une seule mesure tandis que chaque instrument entre puis se retire.] [Bridge] [Dialogue: Marianne / Lucette / Inès] [Marianne] « Mon visage est cassé. » [Lucette] « Le nôtre l’était avant d’arriver. » Inès éteint la radio d’un geste lent : [Inès] « Nous parlerons nous-mêmes. Maintenant. » [Final Chorus] Après les grenades, nous gardons la mémoire, Ni marge, ni rumeur, nous écrivons l’histoire. Après les grenades, nous comptons les absents, Leurs noms battent plus fort que vos communiqués prudents. Après les grenades, le calme n’est pas la paix; Une République blessée recommence par nos voix. [Outro] Marianne glisse le plâtre dans sa poche de toile. Dehors, les balayeuses lavent les dernières traces pâles. Mais sous l’eau des trottoirs, sous les roues du matin, La place garde les noms écrits à la main.