[Intro] [Une grille métallique devient percussion; la basse entre sur un rythme sec de marche contrariée.] [Verse 1] J’ai grandi là où le périph’ coupe la phrase, Où les tours prennent le vent, où les gyrophares écrasent. Ma mère part à six heures, revient avec le soir, Deux bus, trois ménages, pas une ligne dans l’histoire. Au pied du bâtiment, on partage les outils; Un contrôle au hasard revient chaque midi. [Pre-Chorus] Tu portes un bonnet rouge sur les timbres officiels, Mais ici ton visage reste loin du réel. Descends de ton socle, approche un peu mieux : Saint-Denis tient debout et ne baisse pas les yeux. [Chorus] Saint-Denis ne baisse pas les yeux, Même sous les lampes et les ordres nerveux. Saint-Denis ne baisse pas les yeux, On nous veut silencieux, on répond deux par deux. Marianne, grave-le sur le béton pluvieux : Saint-Denis vit ici — et ne baisse pas les yeux. [Verse 2] J’écris dans le local entre câbles et cartons, Ma rime prend le bus, ta réforme prend l’avion. Mon frère cherche un stage, change encore son prénom, Pour franchir le premier tri d’une boîte sans raison. Ils disent « zone sensible », « profils », « incidents »; Nous, on connaît les pères, les visages, les enfants. [Rap Break] Je veux pas ton portrait collé sur la mairie, Je veux l’adresse ouverte quand la plainte est écrite. Je veux pas l’égalité gravée dans le granit, Je la veux dans l’entretien, le loyer, le récit. Je veux que mon accent cesse d’être une frontière, Que mon quartier soit présent autrement qu’en colère. [Chorus] Saint-Denis ne baisse pas les yeux, On nous veut silencieux, on répond deux par deux. Marianne, grave-le sur le béton pluvieux : Saint-Denis vit ici — et ne baisse pas les yeux. [Bridge] [Duo: Marianne / Malik] [Marianne] « Je vous ai mal connus. » [Malik] « Alors reste après le jour. Quand les caméras reprennent l’autoroute, Reste dans la cour, pas dans le discours. » [Guitar Solo] [Une guitare baritone joue des phrases courtes auxquelles répond un flow scandé sans paroles.] [Final Chorus] Saint-Denis ne baisse pas les yeux, Nos noms dans la bouche, nos morts devant eux. Saint-Denis ne baisse pas les yeux, La peur change de camp quand on parle nombreux. Marianne frappe le rythme sur le béton pluvieux : « Une République entière ne détourne pas les yeux. » [Outro] Malik remet le micro dans son sac usé. La grille reste ouverte, le jour peut commencer. Sur le mur, une bombe trace en lettres de pluie : « Nous ne sommes pas dehors — vous êtes loin d’ici. »